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La maison Ténat va fermer ses portes. Depuis un siècle, elle faisait référence dans le monde de l'antiquité. En 1911, Antoine et Marie s'installaient à Mirande où leur fils René leur a succédé avant que Jean, leur petit-fils, n'assure la relève. Un siècle de passion.
À peine quelques lunes avant qu'Alain Fournier n'arrive en garnison à la caserne de Mirande, à l'aube de la Grande Guerre qui emporterait l'auteur du Grand Meaulnes, Antoine et Marie Ténat avaient ouvert boutique dans la sous-préfecture de l'Astarac. « C'est en 1911 qu'ils se sont inscrits au registre des métiers comme revendeurs d'objets mobiliers ; on dirait aujourd'hui brocanteur antiquaire », commente Jean Ténat, leur petit-fils… en âge de la retraite depuis déjà trois ans. « Dans la boutique de mes grands-parents, les antiquités et la brocante côtoyaient les meubles neufs. Mon grand-père faisait aussi de la récupération ; on disait alors : chiffonnier ».
Centenaire cette année, la maison Ténat ferme ses portes. Celui qui a contribué à sa notoriété régionale, René, 88 ans, a rejoint depuis peu la maison de retraite, avec son épouse. Tombé en naissant dans le monde des antiquités, René Ténat avait eu tout le loisir de se former sur le terrain à une profession qui a, sans doute la première, contribué à la connaissance du patrimoine et à sa sauvegarde. En 1949, lorsqu'il succède à son père Antoine, René se positionne sur la belle brocante et ouvre plusieurs collections qui vont l'amener à faire autorité dans divers domaines. Tel celui des faïences dont la collection du Mirandais balaie les productions de Samadet, Mirande, Auch, Auvillar, Martres-Tolosane, Toulouse, Montauban, Marseille, Rouen, Roanne, Nevers, Bordeaux, Nègrepelisse… Moustiers. Tapissant les murs, garnissant les vaisseliers, ce sont des plats de barbier, des canards de malade, des assiettes, soupières, pièces de forme et bénitiers. Intarissable sur chacune de ces pièces à la fleur de chardon ou à la fougère, René Ténat aimait les présenter au public. Pour lui il les faisait parler dans les salons des antiquaires d'Eauze, Samatan ou Mirande qu'il avait contribué à créer avec son fils Jean. D'une incroyable richesse aussi : la collection d'art populaire qui en compte une de subrejougs en son sein ; celle de jouets anciens, d'art forain et de cirque qu'il avait amassée en circophile averti ; celle de cinéma, projecteurs et affiches, avait fait l'objet d'une exposition à l'occasion du centenaire de l'invention des frères Lumière. Miroir d'un siècle, ces pièces de musées sauvegardées par trois générations de Ténat vont bientôt partir aux enchères.
« Ainsi va la vie » déclare Jean qui, face au désintérêt des jeunes clients pour la chine, plaide « que l'on initie les enfants aux arts déco. Après l'école du goût pour la cuisine, pourquoi pas une école du bon goût et de la belle ouvrage ? ».
Source: la dépêche en date du 12 novembre 2011